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Alex Rappaport – Surtout, n’arrêtez pas la musique!

Alex Rappaport est cofondateur et PDG de Flocabulary

Jusqu’à l’âge de cinq ou six ans, l’enfant apprend énormément au moyen de comptines et de chansons. Une des raisons en est que le cerveau humain est une véritable éponge lorsqu’il s’agit de musique, de mètres et de rimes. Certaines études laissent même entendre que la musique a été le fondement du langage.

Pourquoi alors la musique est-elle à peu près absente de l’apprentissage une fois que l’enfant entre en première année, et pourquoi ne continuons-nous pas à utiliser cet instrument pédagogique puissant pendant toutes années de scolarité des élèves?

Nous connaissons tous la chanson de l’alphabet, mais avez-vous déjà pensé à sa structure rimée? Chantez-la. Elle est structurée par quatre lettres – G, P, V, Z – et devient un procédé mnémonique parce que ces lettres riment. Les rimes les accentuent et déterminent le mètre de la chanson. Sans cela, l’alphabet ne serait rien d’autre qu’un enchaînement aléatoire de sons et serait beaucoup plus difficile à retenir pour les enfants. Ces rimes sont des balises qui aident le cerveau à se rappeler. (Vous obtenez des points bonis si vous avez également remarqué que les lettres S et X fournissent une structure de rime secondaire à la fin.)

Voix de la conférence des 23 et 24 mars 2016 du COQES – Transitions : L’apprentissage par-delà les frontières, les secteurs et les cloisonnements
Voix de la conférence des 23 et 24 mars 2016 du COQES – Transitions : L’apprentissage par-delà les frontières, les secteurs et les cloisonnements

Le rythme et les rimes sont partout dans notre culture, des chansons d’enfants aux refrains et slogans publicitaires. La plupart des rimes s’inscrivent dans la catégorie des choses que nous ne sommes pas conscients de savoir : noms, faits et chiffres qui sont emmagasinés dans un coin de notre cerveau, profondément enfouis dans la mémoire et pourtant accessibles au moindre prétexte. Pensez à ce qui est arrivé en 1492 (il est question de Colomb…) ou au produit que l’on connaît comme « l’essuie-tout gaufré rapido presto ». Dans les deux cas, peu importe combien de temps s’est écoulé depuis que nous avons appris cette information, la rime et le rythme nous permettent de nous en souvenir remarquablement bien.

Nous utilisons notre cerveau de cette façon depuis des milliers d’années. Avant que les humains n’inventent l’écriture, l’information était communiquée oralement d’une génération à l’autre. Les premières civilisations africaines possédaient des traditions orales imposantes et dynamiques, et les poètes et troubadours de la Grèce antique mémorisaient d’importantes quantités d’œuvres littéraires et les partageaient oralement. L’Odyssée d’Homère a été transmise oralement pendant des centaines d’années avant qu’un scribe entreprenant n’en couche par écrit le récit. C’est la nature métrique de la poésie qui a permis cela à notre cerveau ancestral et, croyez-le ou non, nous en sommes encore capables aujourd’hui.

Toutefois, enseigner avec de la musique, des mètres et des rimes transcende la mémorisation. Les chercheurs ont montré que la musique non seulement facilite le codage et la conservation, mais qu’elle crée également des liens émotionnels de longue durée avec le contenu. Si vous avez déjà allumé la radio et commencé à chanter une chanson que vous n’avez pas entendue depuis 20 ans, vous pouvez en témoigner. Non seulement connaissez-vous les mots de la chanson, mais elle peut vous ramener exactement là où vous étiez lorsque vous l’avez entendue pour la première fois. Lorsque j’entends l’Interstate Love Song (1994), je me revois au camp d’été, essayant tant bien que mal de rassembler mon courage pour inviter une fille à danser. Imaginez pouvoir créer ce type de lien émotionnel avec le contenu scolaire. Tout à coup, la biologie cellulaire pourrait nous inspirer un sentiment.

À Flocabulary, nous avons agencé cette capacité ancienne et innée de l’humain à apprendre par l’intermédiaire de la musique à une puissante force de la culture populaire : le hip-hop. Nous souhaitons bien sûr de cette façon aider les étudiants de tous les milieux à apprendre des faits importants et à devenir émotionnellement engagés, mais nous allons un peu plus loin. Il importe que le programme d’études soit pertinent d’un point de vue culturel pour les étudiants d’aujourd’hui et aucun genre de musique n’est plus pertinent que le hip-hop. En fait, Spotify vient de publier une analyse des tendances en matière d’écoute englobant plus de 20 milliards de chansons et le hip-hop règne en maître. En utilisant le rap pour enseigner, nous donnons aux enseignants la possibilité d’adopter dans leur pratique quelque chose que les étudiants aiment réellement, et cela d’une manière qui convient à la salle de classe et qui respecte les normes.

Il ne fait aucun doute que le contenu des chansons d’enfants est dépassé pour la plupart des étudiants qui entrent à l’école primaire. Cependant, la technique de l’enseignement par la musique est encore valable. Plutôt que de rejeter une technique pédagogique formidable, trouvons des façons créatives de l’intégrer au programme d’études et de rendre l’enseignement plus efficace, pertinent et amusant.

Alex Rappaport est cofondateur et PDG de Flocabulary, une entreprise éducative de Brooklyn qui crée des vidéoclips, des activités musicales et des évaluations pour enseigner des compétences essentielles et compléter l’enseignement dans l’ensemble du programme.

À notre avis, les blogueuses et blogueurs invités expriment leurs propres avis, et pas nécessairement ceux du COQES.

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