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Amy Kaufman – Qu’en est-il des nouveaux diplômés? Perspectives et résultats sur le marché du travail de la cohorte de 2020

Amy Kaufman est directrice, Politiques, recherche et amélioration des systèmes, au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

Au début de l’année, la cohorte de 2020 s’attendait à intégrer un marché du travail vigoureux après sa diplomation du collège ou de l’université. Or, la pandémie a eu pour effet de refaçonner l’économie – et les trajectoires professionnelles des nouveaux diplômés – pratiquement du jour au lendemain. À quoi rime cette situation pour les diplômés qui intègrent le marché du travail, et comment les gouvernements peuvent-ils voir à ce qu’ils bénéficient d’un appui?

Les diplômés qui commencent leur carrière en période de ralentissement économique subissent des contrecoups économiques à long terme. Selon une vaste étude menée auprès de diplômés collégiaux au Canada, la diplomation en période de récession pousse les travailleurs à emprunter des parcours professionnels différents de ceux qu’ils auraient empruntés normalement, à accepter des postes à rémunération moindre ou à effectuer un travail sans lien direct avec leur formation et leurs aptitudes parce que ce sont les seuls emplois auxquels ils ont accès. Les compétences, les réseaux professionnels et l’enthousiasme des travailleurs peuvent s’estomper ou s’atrophier s’ils ne servent pas au cours des premières années passées sur le marché du travail. Il ressort de la recherche que la diplomation en période de récession économique occasionne d’emblée de lourdes pertes au chapitre de la rémunération et des salaires moindres, et que les cheminements de carrière moins optimaux peuvent comporter des conséquences à vie sur les travailleurs en question. Ces pertes peuvent être compensées – tôt ou tard – mais les effets économiques à long terme sont exacerbés par des facteurs socioéconomiques ou le défaut de mobilité qui empêche de saisir les occasions offertes sur le marché du travail.

Aux États-Unis, les travailleurs qui ont intégré le marché du travail pendant la récession de 2008 ont été parmi les plus durement touchés sur le plan économique. En ce qui concerne les travailleurs au Canada, leur salaire a augmenté plus lentement qu’à la normale durant leur première décennie sur le marché du travail et, une fois atteint le début de la trentaine, ils avaient moins tendance à occuper des postes de direction que leurs homologues dont l’intégration au marché du travail s’était déroulée avant la récession.

La diplomation en période de récession ne fait pas que nuire au potentiel de gains : elle peut aussi avoir des conséquences à long terme sur le bien-être émotif et physique des travailleurs. D’après une étude américaine, ceux qui obtiennent leur diplôme en période de récession risquent davantage de divorcer, ont moins tendance à vivre avec leurs enfants et accusent des taux supérieurs de mortalité, même des décennies plus tard.

Bien qu’elle puisse être marquée par la malchance en 2020, la diplomation de niveau collégial ou universitaire ne devrait pas porter malheur à long terme.

Le portrait brossé ici peut sembler morose, mais les données montrent que ces travailleurs ont eu raison de faire des études postsecondaires dans un premier temps. Les diplômés de niveau postsecondaire s’en tirent beaucoup mieux dans un marché du travail en proie au marasme que ceux sans titre d’études collégiales ou universitaires. Comparativement à ceux sans titre d’études, les diplômés ont subi des contrecoups économiques de la Grande Récession de moindre durée et leurs résultats à long terme se sont révélés plus favorables.

Peut-être que la recherche porte à croire que les diplômés de 2020 auront peine à amorcer leur carrière, mais en réalité, leur intégration au marché du travail ne se déroulera pas dans un vide politique. Nous pouvons et devons prendre des mesures pour protéger les nouveaux diplômés des contrecoups d’une récession alimentée par la pandémie. Les gouvernements peuvent adopter des solutions politiques allant de l’exonération du remboursement des prêts d’études au versement de sommes monétaires aux employeurs pour leur permettre d’embaucher de nouveaux diplômés et de maintenir les stages offerts. Don Drummond, le boursier Stauffer-Dunning en politiques publiques mondiales de l’Université Queen’s, propose que les diplômés dont l’offre d’emploi a disparu aient droit à la Prestation canadienne d’urgence.

Nous pouvons relancer l’économie par des moyens ingénieux et qui ciblent les secteurs et les travailleurs les plus durement touchés. D’ici les prochaines années, nous pouvons nous engager à examiner différemment la cohorte de 2020, à lui fournir une aide et un financement continus en vue du perfectionnement de ses compétences et de sa formation, ainsi qu’un appui afin de permettre aux travailleurs qui en sont issus de déménager pour avoir accès aux occasions professionnelles. Nous pourrions instaurer un service d’accompagnement professionnel en cas de perte d’emploi relativement à la pandémie.

L’un des objectifs du secteur de l’enseignement postsecondaire consiste à donner aux élèves un enseignement et une formation de grande qualité dont notre économie et notre société ont besoin pour demeurer vigoureuses. L’un des moyens par lesquels nous jaugeons la capacité du système à atteindre cet objectif repose sur l’évaluation des résultats professionnels après la diplomation, y compris le rendement sur le marché du travail. Cette démarche est logique; ceux qui suivent un enseignement supérieur sont motivés en grande partie par l’obtention d’un emploi et il importe que le système puisse rendre des comptes. Néanmoins, la pandémie de COVID-19 est inédite et il se peut que la récession actuelle soit d’un autre type. Voilà pourquoi nous devons plus que jamais évaluer les résultats professionnels des diplômés dans le contexte de l’ensemble du marché du travail et tenir compte des leçons tirées du passé pour guider la mise au point de politiques qui permettront à la cohorte de 2020 de prospérer.

Bien qu’elle puisse être marquée par la malchance en 2020, la diplomation de niveau collégial ou universitaire ne devrait pas porter malheur à long terme. Nombreux sont les moyens par lesquels les gouvernements peuvent et doivent appuyer les nouveaux diplômés en cette période inédite et à l’avenir. Il est de notre devoir de les appuyer parce qu’il y a lieu de le faire et que nous en tirerons tous parti à long terme.

Amy Kaufman est directrice, Politiques, recherche et amélioration des systèmes, au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

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