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Ce que Terry Gitersos aurait aimé savoir avant d’obtenir son grade de doctorat

Blogueur invité : Terry Gitersos
Blogueur invité : Terry Gitersos
J’ai été élevé dans une famille où les études constituaient une priorité. Mes parents ont insisté sur la valeur et l’importance de l’apprentissage formel et informel dès ma tendre enfance, et ils m’ont inculqué le principe selon lequel les études universitaires allaient être le garant de mon mieux être social et économique à l’avenir. J’ai donc souscrit avec enthousiasme à cette perception du monde axée sur les études pour me l’approprier. J’ai toujours été plutôt doué à l’école, et l’idée selon laquelle les portes s’ouvriraient magiquement devant moi si je continuais de réussir avait quelque chose d’emballant. Dès mes études primaires, je n’ai jamais remis en question l’objectif de faire des études universitaires : il me restait à déterminer où et quand je ferais de telles études, et pendant combien de temps. Tout bien considéré, je me rappelle même avoir échafaudé le raisonnement suivant : si le grade de premier cycle constituait l’exigence de base pour obtenir un emploi valable, il ne faisait alors pas de doute qu’un grade de maîtrise déboucherait sur des emplois encore meilleurs et un avenir encore plus stable.
Maintenant, si un grade de maîtrise m’apparaissait plus prometteur qu’un grade de premier cycle, je considérais également le grade de doctorat en quelque sorte comme un « passeport diplomatique » en matière de scolarité : à mes yeux, le doctorat était un « super grade » permettant à son titulaire de surpasser les autres sur le marché du travail, et de progresser rapidement dans la vie sans déployer d’efforts considérables. Bien que le grade de doctorat me soit apparu moins mystique à mesure que j’obtenais mes grades de baccalauréat et de maîtrise, j’estimais qu’il s’agissait néanmoins d’un bon investissement. Dès le premier jour de mes études de maîtrise, j’avais pour objectif de devenir professeur. Mais si je ne parvenais pas à atteindre cet objectif, croyais je, le grade de doctorat aurait pour effet de me placer dans une situation idéale où je pourrais obtenir un emploi significatif à l’extérieur du monde universitaire.
Maintenant, à l’aube de mon cinquième mois de « chômage postdoctoral », je perçois les choses de façon plus réaliste. Mon grade de doctorat en soi ne m’a pas permis d’obtenir le poste menant à la permanence que je convoitais, et je nourris peu d’espoir quant à mes perspectives universitaires à l’avenir. De plus, loin de me donner des possibilités à l’extérieur du monde universitaire, mon grade de doctorat a peut être eu pour effet de m’en priver. De plus en plus, les gens me demandent si je regrette aujourd’hui le fait d’avoir tant déboursé et consacré de temps relativement à mes études supérieures. Disons que « regret » m’apparaît un bien grand mot : je ne regrette ni les travaux de recherche pour lesquels j’ai trimé, ni les expériences inestimables que j’ai vécues durant ces études, ni les amis que je me suis faits pour la vie tout au long de mes entreprises scolaires. Cependant, il y a des situations que j’aurais certainement abordé autrement si j’avais connu les frustrations vécues au sein du marché du travail à l’extérieur du milieu universitaire. Bref, je ne regrette pas mes études de doctorat mais, avant de m’y consacrer, j’aurais souhaité avoir compris les six concepts suivants :
1. Les emplois de professeur sont un pari risqué
Le marché du travail dans le monde universitaire stagne depuis des années. Ces jours ci, moins de 20 % des titulaires de doctorat sont admis à des postes menant à la permanence, quoique ce pourcentage fluctue sans doute d’un domaine à l’autre. Il y aura également resserrement du marché à mesure que le nombre de titulaires de grade de doctorat continue de gonfler bien au delà de la demande en professeurs des établissements d’enseignement. Certes, le départ imminent à la retraite d’un grand nombre d’universitaires de la génération des baby boomers pourra améliorer quelque peu les choses. Mais encore là, peut être que la situation demeurera la même, car les universités font de plus en plus appel aux professeurs « adjoints » à temps partiel.
2. Les compétences acquises au niveau du doctorat ne sont pas toujours transférables
Bien entendu, la plupart des emplois à l’extérieur du monde universitaire n’exigent pas un grade de doctorat. Les postes pour lesquels un tel grade est exigé sont habituellement dans des domaines comme la recherche scientifique, la statistique ou la programmation informatique. En ma qualité de diplômé en sciences humaines, je savais fort bien que je n’allais vraisemblablement pas trouver, à l’extérieur du monde universitaire, un poste pour lequel le grade de doctorat serait exigé dans mon champ de compétence particulier.
J’espérais toutefois pouvoir miser sur les compétences fondamentales acquises au doctorat – la lecture; la rédaction; les exposés ou la prise de parole en public; la recherche; la réflexion critique; et l’analyse – afin d’obtenir un emploi rémunérateur. Je n’ai pas tardé à me rendre compte que de telles compétences ne sont pas recherchées sauf si elles s’appuient sur l’expérience professionnelle à l’extérieur du milieu universitaire. Autrement dit, selon toute vraisemblance, de nombreux employeurs sont davantage impressionnés par le candidat qui a passé quelques années à rédiger des rapports exécutifs que par celui qui est parvenu à rédiger et à défendre verbalement une dissertation de 400 pages. J’ai également compris que le concept de « recherche » prend souvent un tout autre sens que celui en lien avec mes études de doctorat. Les postes de chercheur tendent à faire partie de l’une des trois catégories suivantes : la recherche scientifique; la recherche quantitative ou l’analyse statistique; et les études de marché (pour lesquelles un diplôme d’études secondaires suffit la plupart du temps). Le marché qui s’ouvre aux chercheurs diplômés de fraîche date en sciences humaines et qui se spécialisent dans la recherche qualitative est restreint.
3. Le grade de doctorat peut constituer un boulet
Les qualificatifs attribués aux titulaires d’un grade de doctorat sont bien connus : ils sont coupés de la réalité, élitistes, dépourvus de bon sens, pleins de suffisance intellectuelle et mal adaptés à un milieu de travail où la situation évolue rapidement. Ce sont là des généralisations caricaturales à n’en point douter; hélas, elles semblent relativement bien enracinées dans le marché du travail à l’extérieur du milieu universitaire. Un nombre effarant d’employeurs, dont certains sont eux mêmes titulaires d’un grade de doctorat, m’ont confié à brûle pourpoint qu’ils ne tiennent pas compte des demandes en provenance des candidats ayant obtenu récemment un grade de doctorat, en s’appuyant sur un ou plusieurs des stéréotypes répertoriés ici.
4. Les travaux les plus importants réalisés durant les études de doctorat peuvent ne pas se rapporter directement à la recherche dans le cadre de ce doctorat
Pour les étudiants au doctorat, les possibilités de s’investir dans des projets parascolaires ne manquent pas, tant dans le monde universitaire qu’au sein de la collectivité dans l’ensemble. Or, parce que l’expérience a préséance sur les études, il appartiendrait aux étudiants au doctorat de miser sur ces possibilités leur permettant d’étoffer leur CV. Une fois de plus, c’est l’expérience qui est à l’enjeu. Selon toute vraisemblance, les employeurs ne seront pas impressionnés par le nombre de comptes rendus publiés par un demandeur dans les revues universitaires, mais ils voudront en savoir davantage à propos de ce même demandeur s’il a pris part à la rédaction d’un rapport pour le compte d’un groupe de revendication; en règle générale, les employeurs se fichent de savoir si le demandeur a dirigé un séminaire pour les étudiants de cycle supérieur, mais ils pourront s’intéresser à ce même demandeur s’il a coordonné une étude sur les services de santé.
5. Mieux vaut un réseau solide qu’un CV éclatant
D’après les conseillers en emploi, de 75 à 85 % des emplois sont pourvus sans jamais être affichés. Pour ma part, je n’en doute aucunement. La plupart des postes, semble t il, sont pourvus à l’interne ou sur recommandation. Par conséquent, la recherche d’emploi pour un candidat consiste à compter davantage sur les personnes qu’il connaît plutôt que sur son savoir. Avec le recul, je regrette de n’avoir pas établi mon réseau et entretenu des liens avec des personnes de l’extérieur du milieu universitaire pendant mes études de doctorat.
6. Rédiger un CV est fastidieux
Le fait de constituer un CV en lien avec l’expérience professionnelle diffère du CV relatif aux études : il peut s’agir d’un processus fastidieux et frustrant pour le néophyte, et de nombreux titulaires de doctorat ne savent véritablement s’y prendre qu’après en avoir rédigé quelques douzaines. Pour ma part, il m’a fallu un mois de pratique et d’exaspération avant d’être en mesure de créer un CV à moitié satisfaisant. Il va sans dire que j’aurais pu consacrer ce mois là à des activités plus édifiantes. Vous trouverez dans chaque université et au sein des bureaux d’emploi dans la collectivité des conseillers professionnels qui sont formés pour vous aider à ce chapitre.
Maintenant que vous connaissez le blogueur Terry Gitersos et les leçons qu’il a tirées, nous vous invitons à le suivre dans ses blogues périodiques sur le COQES, dans lesquels seront décrits ses efforts pour percer le marché du travail. Il assurera la tenue de son blogue jusqu’à ce qu’il décroche un emploi postdoctoral, ou qu’il se lasse d’y rédiger des articles… Au début de l’été prochain paraîtra un article dans En question du COQES qui présentera en résumé les réalités relatives aux études de doctorat en Ontario, les tendances sur le plan des inscriptions, et ce que nous savons jusqu’à maintenant sur les voies empruntées par les étudiants au doctorat dans le marché du travail. C’est à ne pas manquer!

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