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Dans notre mire | Le plafond de verre est plus visible, mais il est toujours fait de verre

Dans notre mire met en valeur des membres du personnel et blogueurs invités du COQES qui présentent leur point de vue unique sur les tendances, les nouvelles idées et les questions délicates relatives à l’enseignement supérieur. Les opinions exprimées n’engagent que les auteurs.

 

En mars, nous célébrons la Journée internationale de la femme ainsi que le Mois national du génie. Voilà donc un moment tout désigné pour réfléchir à la représentation des femmes dans le secteur du génie. Dans un pays qui épouse la notion d’éducation de masse, dans l’ensemble, les femmes sont maintenant plus nombreuses que les hommes à s’inscrire à des programmes d’études postsecondaires; ce n’est toutefois pas le cas dans tous les domaines d’études. En 2011, les femmes représentaient en moyenne 18 % des inscriptions aux programmes universitaires de génie au Canada; ce pourcentage est toutefois marqué par une stagnation presque complète et semble ne pas vouloir atteindre de nouveau le sommet d’environ 20 % enregistré il y a quelques années.
Pourquoi note-t-on un désintéressement disproportionné à l’égard du génie parmi les femmes? Que pouvons-nous faire pour y remédier (gouvernement, institutions, parents, associations de l’industrie, Mattel)? En avons-nous fait assez? Si oui, est-ce que le tristement célèbre plafond de verre a été brisé? Est-ce que les femmes peuvent choisir librement le champ d’études qui les intéresse?
Le problème avec ces barrières invisibles est qu’elles sont un peu comme les faisceaux lasers (pensons à Catherine Zeta Jones dans Haute voltige) : on ne sait qu’on vient d’en franchir un que lorsqu’on le déclenche; c’est alors qu’une alarme retentit de manière inattendue et que l’on est figé sur place. À l’extérieur des studios d’Hollywood, les meilleurs vaporisateurs pour voir ces faisceaux lasers (ces aérosols existent bel et bien) demeurent les initiatives et les études dans le cadre desquelles on continue de se pencher sur les barrières à l’égalité des sexes et sur les solutions pour les surmonter. En plus du Mois national du génie, citons parmi les autres initiatives dignes de mention : l’initiative Women in Scholarship, Engineering, Science and Technology; l’initiative Discover Engineering; la Canadian Association for Girls in Science; le programme Engineering Access; le programme Native Access to Engineering; l’initiative Go Tech Girl; et le programme Women in Engineering University Partnership d’Hydro One. Si l’on ignore simplement la stagnation du taux d’inscription aux programmes de génie, on risque de ne voir les barrières et les faisceaux lasers que lorsqu’on les déclenchera.
Par ailleurs, le déséquilibre entre les sexes a changé légèrement pour d’autres métiers traditionnellement dominés par les hommes. Il n’y a pas si longtemps, au cours des années de recensement, le droit et la médecine étaient principalement dominés par les hommes. De 1986 à 2006, le nombre de femmes avocates et médecins a augmenté respectivement de 17 % et de 14 % tandis que pour la profession d’ingénieur, ce pourcentage s’est accru de seulement 6 %. (Ceux qui se demandent est-ce la poule qui a fait l’œuf ou l’œuf qui a fait la poule, pensez au fait que la poupée « Barbie » chirurgienne a été lancée sur le marché en 1973 tandis que la poupée « Barbie » ingénieur en informatique a été lancée en 2010.) Les femmes choisissent-elles simplement de laisser de côté une carrière qui offrirait les emplois les mieux rémunérés?
Partant du fait que les femmes représentent un groupe diversifié, une étude suggère que certaines raisons pourraient influencer le choix des femmes d’opter ou non pour une carrière en génie ou dans le domaine des technologies :

 

  • L’absence de modèles (on ne peut compter que sur Marissa Mayer);
  • Le métier est peu connu (il est peu probable qu’il y ait une série sur les ingénieurs dérivée de la série télévisée Urgence et, bien que le Mois national du génie soit « la plus grande célébration du génie au Canada », moins de 10 % des filles dans les écoles secondaires sont au courant de cette initiative selon une étude);
  • Les perceptions négatives quant au génie (on associe souvent le métier aux calculatrices, aux cubicules et aux casques de construction);
  • Le ratio homme-femme aliénant crée un cercle vicieux (des jeunes femmes ont indiqué ne pas vouloir travailler dans un environnement composé principalement d’hommes);
  • Les préjugés par rapport aux programmes d’études (pourquoi les boîtes à outils ne peuvent-elles pas être roses? Est-ce que cet élément a vraiment de l’importance?);
  • Le soutien parental (qu’importe les autres études qui laissent entendre que les parents des femmes ingénieures sont plus instruits que les parents des hommes ingénieurs);
  • La perception selon laquelle le génie n’aide personne et ne peut changer le cours des choses (bien qu’on tende à vouloir camper le génie comme un métier touchant la vie des gens de diverses façons).

 

Néanmoins, que disent réellement les femmes et les hommes au sujet du génie comme choix de carrière? Selon le Survey of Working Conditions for Engineers réalisé en 2010 pour faire suite à l’étude menée en 1994, la majorité des femmes et des hommes sont relativement satisfaits de leur profession d’ingénieur. Dans le cadre de cette étude, on a constaté une légère amélioration des conditions de travail des femmes, malgré que certains défis persistent, notamment en qui concerne les possibilités d’affectation, les promotions et les conséquences perçues de la prise de congés. Bien entendu, le génie n’est pas un cas d’espèce. En effet, la différence de salaires entre les hommes et les femmes est généralisée. Bien que plus de femmes occupent des postes à gros salaire, c’est dans les échelons salariaux les plus élevés que l’on note le plus grand écart. En somme, bien que nous soyons peut-être meilleurs pour naviguer entre ces faisceaux et ces barrières invisibles, ceux-ci sont encore bien présents.
Sonya Tomas, Analyste de la recherche

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