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Harvey Weingarten

Enquête de Statistique Canada sur les frais de scolarité: au-delà des manchettes

Photo de Harvey P. Weingarten

Statistique Canada vient de publier son Enquête annuelle sur les frais de scolarité et de subsistance des étudiants à temps plein dans les universités et collèges du Canada qui confèrent des grades –essentiellement un instantané. À l’instar de tous les instantanés, celui-ci présente un vaste tableau général et utile de l’état de la situation actuelle. Les données de l’enquête seront sans aucun doute utilisées pour appuyer les arguments et les positions de différents groupes. Cependant, comme c’est également le cas de tous les instantanés, celui-ci ne présente pas en entier le tableau ou le contexte. Il convient de se rappeler de plusieurs enjeux lorsque l’on interprète le rapport de Statistique Canada ainsi que les manchettes et les arguments qui en découleront.
D’abord, l’enquête présente les frais de scolarité « affichés » et, par conséquent, ne tient pas compte des différents autres facteurs – notamment les bourses, subventions et autres formes d’aide financière (sans mentionner les crédits d’impôt) – qui diminuent les frais de scolarité effectifs, ceux que paient réellement les étudiants.
Un exemple concernant l’Université de Toronto (U de T) met cette distinction en lumière. En 2009-2010, les frais de scolarité exigés des étudiants en économie domestique à l’U de T étaient de 4 991 $. Cependant, en raison du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario ainsi que de l’éventail de bourses et d’autres formes d’aide financière disponibles aux étudiants de l’U de T, parmi les bénéficiaires de ces formes d’aide financière, 11 % seulement ont payé le montant total des frais de scolarité; 15 % ont payé entre76 et 99 %; 31 %, entre 51 et 75 %; 22 % entre 26 et 50 %; 11 % entre 1 et 25 %; 10 % n’ont payé aucun frais de scolarité et peuvent même avoir reçu un soutien financier pour leurs frais de subsistance qui a porté à moins de 0 % les frais payés). Le scénario serait le même dans virtuellement toutes les universités ontariennes.
La récente introduction de la bourse du Programme de réduction des frais de scolarité de l’Ontario, qui offre 1 680 $ aux étudiants universitaire admissibles et 770 $ aux étudiants d’un programme collégial admissibles, diminue également les frais de scolarité que paient vraiment les étudiants par rapport aux frais officiellement exigés. Ces programmes d’aide financière peuvent contribuer à expliquer pourquoi l’Ontario affiche les taux de participation aux études postsecondaires les plus élevés bien que ses frais de scolarité soient les plus élevés au pays.
Ensuite, l’enquête dresse la liste des frais de scolarité, mais non des autres frais obligatoires que les étudiants doivent également payer. Ces frais additionnels varient considérablement selon la province et l’établissement et sont pertinents lorsque l’on établit des comparaisons entre province et entre établissement. Ainsi, l’année dernière, les frais obligatoires exigés des étudiants de premier cycle variaient entre 218 $ à Terre-Neuve-et-Labrador et 911 $ en Alberta.
Enfin, bien que nous sachions que cette comparaison contrarie certaines personnes, le coût des études de premier cycle dans une université canadienne demeure relativement bas par rapport à celui que doivent payer les étudiants américains inscrits dans les universités publiques de leur propre état. Ainsi, les étudiants de l’Université du Massachusetts paient de 10 000 $ à 12 000 $, ceux de l’Université de la Californie de 12 000 $ à 13 00 $ et ceux de l’Université de l’Indiana, 10 034 $.
L’enquête sur les frais de scolarité est un indice important de la santé, de la richesse et de la vitalité des systèmes postsecondaires canadiens et de leur avenir. Elle fournit des renseignements importants pour les étudiants et leurs familles. Elle reçoit, comme il se doit, énormément d’attention de la part des médias. Toutefois, il est également important que toute interprétation des frais de scolarité aille au-delà de quelques tableaux simples et des manchettes. Il est à tout le moins important que la discussion sur les frais de scolarité, parce qu’ils représentent une composante significative et croissante des revenus des établissements, soit liée à l’analyse de la manière dont ces fonds sont utilisés et de la qualité de l’expérience éducative que les établissements fournissent ou peuvent fournir.
Merci de votre attention.
-Harvey P. Weingarten

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