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Harvey Weingarten

Harvey P. Weingarten – La qualité : dernière frontière

Comme disait Yogi Berra : « Les prédictions sont un art difficile, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir ».

Mais s’il est un enjeu qui devrait dominer l’avenir de l’enseignement supérieur, c’est la qualité : celle de l’expérience vécue par les étudiants, celle de nos diplômés, celle de nos établissements d’enseignement postsecondaire de même que celle de nos systèmes d’enseignement supérieur. Tout compte fait, la qualité constitue le paramètre d’après lequel nos étudiants et établissements d’enseignement sont jugés et qui détermine leur valeur ainsi que leur compétitivité.

Certains avanceront que l’enjeu dominant à l’avenir sera le financement parce qu’on ne peut ni discuter de la qualité, ni améliorer celle‑ci sans des revenus supplémentaires ou des établissements d’enseignement viables sur le plan financier. Toutefois, deux éléments d’information semblent donner un autre son de cloche. Premièrement, depuis une dizaine d’années, les revenus annuels dont les universités ontariennes ont bénéficié se sont accrus de 7 % ou plus. Or, c’est justement au cours de cette période caractérisée par des hausses importantes des revenus que les préoccupations relatives à la qualité de l’enseignement en Ontario se sont aggravées. L’augmentation des revenus a été absorbée par l’inflation, la croissance, les conventions salariales supérieures au taux d’inflation de même que le soutien accru consenti à la recherche; de plus, cette situation s’est trouvée exacerbée par la diminution apparente des charges d’enseignement du corps professoral à temps plein. La dernière décennie constitue une étude de cas éclairante quant à la croyance erronée selon laquelle une simple bonification des fonds consentis au système sous sa forme actuelle rehaussera forcément la qualité.

Deuxièmement, il ressort de l’analyse intitulée Incidence du rendement de l’enseignement postsecondaire au Canada en 2015 que le COQES a publiée récemment à propos des systèmes d’enseignement postsecondaire au Canada que, d’après les niveaux de financement actuels, le financement d’un système provincial et son niveau de rendement ne sont nullement en corrélation. D’après la conclusion de ce rapport, en ce qui touche l’enseignement postsecondaire, plutôt que de prêter attention aux sommes obtenues par les établissements d’enseignement, il est temps de chercher à connaître ce que font les établissements d’enseignement de ces sommes ainsi que les résultats qui s’y rapportent. Voilà un point particulièrement pertinent pour les étudiants de l’Ontario, une province qui affiche un rendement supérieur à la moyenne en ce qui touche l’accès et la valeur pour la société, mais inférieur à la moyenne en ce qui concerne la valeur pour les étudiants dans le contexte d’un ensemble d’indicateurs.

Maintenant, que faut-il faire pour en arriver à un système d’enseignement supérieur axé sur la qualité?

Il faut énoncer ce que les diplômés de niveau postsecondaire devraient apprendre et pouvoir faire. Le dégagement d’un consensus sur les résultats d’apprentissage souhaités joue un rôle fondamental et ce sont idéalement les établissements d’enseignement, le gouvernement, les employeurs, la population et les étudiants qui devraient le modeler. Au COQES, nous avons fait la promotion d’une taxonomie des résultats d’apprentissage où sont proposées quatre catégories globales mais connexes : i) le contenu disciplinaire; ii) les compétences cognitives de base, comme la littératie et la numératie; iii) les compétences cognitives supérieures, telles que la résolution de problèmes et la pensée critique; iv) les compétences psychosociales transférables, dont la résilience et la gestion du temps.

Un milieu postsecondaire qui attache de l’importance à la qualité permettra également de déterminer si les résultats d’apprentissage souhaités sont bel et bien atteints. Voilà un enjeu difficile pour lequel il faut s’appuyer sur des mesures fiables et valides des résultats d’apprentissage pertinents; or, de telles mesures existent, mais pas pour tous les résultats.

Nous devons également faire davantage pour recueillir et déclarer des données pertinentes et utiles à propos des systèmes et établissements d’enseignement supérieur, dont les connaissances et aptitudes de leurs diplômés, leur rendement et leurs résultats; il ne s’agit pas ici de procéder à un classement, ni d’imposer des sanctions : les mesures utiles sont tout simplement un préalable essentiel à l’amélioration continue. Pour gérer (ou apporter des améliorations), il faut mesurer et, fait important, c’est ce qui est mesuré qui permet d’obtenir des résultats.

Mais qu’en est-il de la différenciation, de la conception du système, des formules de financement et des droits de scolarité qui, c’est bien connu, forment des domaines de recherche et d’analyse politique liés au COQES? Il s’agit d’enjeux importants, mais qui ne constituent pas des fins en soi. Ce sont en fait des outils – puissants – permettant d’en arriver à un système d’enseignement postsecondaire amélioré et de qualité supérieure, et ce, dans le plus grand intérêt des étudiants, de la société et du Canada.

La version longue de cet article de blogue figure dans le volume 9 du magazine Educated Solutions (en anglais seulement), publié par l’Alliance des étudiants de premier cycle de l’Ontario.

Merci d’avoir pris le temps de lire ce texte.

Harvey P. Weingarten est président et chef de la direction du COQES.

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