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Harvey Weingarten : Les gouvernements et les politiques : un hommage à l’apprentissage par l’expérience

Récemment, dans le cadre de deux conférences, je me suis exprimé sur, d’une part, les moyens par lesquels les gouvernements donnent forme aux politiques en matière d’enseignement supérieur et, d’autre part, la mesure dans laquelle les établissements d’enseignement postsecondaires peuvent agir afin d’exercer une influence accrue sur les politiques adoptées et les décisions prises par les gouvernements.
De nombreux conférenciers dans ces rassemblements se penchent sur ces problèmes sous l’angle d’une certaine orientation théorique. À l’opposé, mon apport à ce chapitre découle de l’expérience acquise à titre d’administrateur scolaire, rôle où j’ai dû composer de façon soutenue avec deux gouvernements très différents dans deux provinces (en Ontario et en Alberta) et  plusieurs gouvernement fédéraux aux tendances diverses (le Parti libéral dirigé par Jean Chrétien et Paul Martin, puis le Parti conservateur dirigé par Stephen Harper). Actuellement, dans mes fonctions au COQES, je me situe en quelque sorte de l’autre côté de la barricade : j’ai pour tâche de concevoir des conseils stratégiques à l’intention du gouvernement. À mon sens, la formation que j’ai obtenue quant aux questions d’établissement des politiques constitue un hommage à l’apprentissage par l’expérience.
Jusqu’à maintenant, les messages que je communique ont fait l’objet de deux comptes rendus publics. D’une part, Léo Charbonneau de l’AUCC en a parlé dans son blogue. D’autre part, le Toronto Star a publié un article à ce sujet. Entre les deux, c’est M. Charbonneau qui a su le mieux saisir le ton, l’esprit et les messages fondamentaux de mon exposé. Quant au Toronto Star, le point de vue véhiculé par l’article est axé sur la confrontation entre les universités et le gouvernement, et mon exposé y est décrit comme un moyen pour les universités d’accroître leur capacité de « quêter du financement », sans qu’on ne parle de l’enjeu véritablement traité : la façon par laquelle les gouvernements et les universités pourraient établir des liens fructueux, utiles, informés et influents qui déboucheraient sur des politiques améliorées, et ce, à l’avantage des étudiants, des institutions et du public. (Fait intéressant, dans la twittosphère, M. Charbonneau s’en prend au Toronto Star pour avoir plagié le contenu de son blogue sans en faire mention; je vais les laisser se disputer pour régler cette question).
Si j’ai appris une chose dans le monde de l’enseignement supérieur, lequel n’est pas sans rappeler le feuilleton télévisé Peyton Place (voilà une référence qui trahit mon âge!), c’est que si on veut savoir ce qu’une personne a vraiment affirmé, on doit lui demander directement plutôt que de s’en remettre à des comptes rendus faits par des tiers. Sinon, on aura l’impression d’être dans la bande dessinée que publie The New Yorker et où deux personnes débattent en vociférant sur les qualités d’un certain film qu’elles n’ont jamais vu mais dont elles ont lu les critiques. Voici donc l’essence du propos que j’ai véritablement tenu :

 

  1. Les rapports entre gouvernements et établissements d’enseignement postsecondaire sont loin d’être optimaux, et tout le monde y gagnerait si la situation des parties en cause était améliorée, et ce, plus que jamais. Dans le contexte actuel, caractérisé par des turbulences et des restrictions économiques, les prises en comptes qui en découlent sont souvent liées à des changements considérables et profonds en matière de politiques et de processus.
  2. Le processus décisionnel des gouvernements est identique à celui d’autrui (y compris les établissements d’enseignement postsecondaire). Les gouvernements réagissent à des contraintes et à des incitatifs. De façon spécifique :
    a. Les politiques se fondent sur des cas vécus, des anecdotes, des stéréotypes, des intuitions, des idéologies et des expériences personnelles tout autant, voire davantage, que sur des éléments de preuve.

    b. Les politiciens, ce qui est tout à fait prévisible, prennent des décisions politiques.

    c. Il faut un certain temps avant que les bonnes politiques ne produisent les effets escomptés.

    d. La dynamique politique actuelle laisse très peu de place à l’échec, ce qui complique la tâche des gouvernements qui souhaitent adopter des politiques audacieuses ou novatrices.

  3. Les établissements d’enseignement postsecondaire pourraient adopter certains comportements qui accroîtraient l’influence qu’ils exercent sur les politiques et décisions des gouvernements. En voici quelques uns :
    a. Être moins centrés sur eux mêmes et tenter de bien situer leur point de vue, compte tenu de la perspective, des épreuves et des contraintes du gouvernement.

    b. Agir de façon conséquente avec le message qu’ils véhiculent.

    c. Communiquer de façon à ce que l’ensemble de la population, plutôt qu’un groupe restreint de chercheurs, puisse les comprendre.

    d. Prendre conscience du fait que le principal responsable des relations avec les gouvernements est le recteur de l’université plutôt que les milieux de la recherche et des politiques de l’enseignement supérieur.

    e. Investir en partie leurs propres ressources institutionnelles dans un projet pour manifester leur engagement réel envers celui ci avant de demander l’appui du gouvernement.

Pour obtenir une description exhaustive de certains de ces points, je vous invite à consulter le blogue de M. Charbonneau. Si, pour quelque raison que ce soit, vous avez envie de lire l’article intégral, je peux vous en faire parvenir une version préliminaire (pour vous divertir mais sans que vous en citiez des extraits pour autant, conformément aux contraintes conventionnelles des publications universitaires traditionnelles). Comme toujours, je me réjouis d’avoir de vos nouvelles de la blogosphère, qui que vous soyez.
Merci de me lire.

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