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Ian D. Clark | Les preuves d’une baisse de l’alphabétisation chez les diplômés universitaires canadiens suscitent un sentiment d’urgence quant à la mise en œuvre d’une réforme scolaire

Pendant la conférence du COQES tenue en novembre, De l’apprentissage aux gains, Craig Riddell, économiste spécialisé dans le domaine du travail de l’Université de la Colombie-Britannique, a présenté les résultats de son étude sur l’alphabétisation, effectuée en collaboration avec David Green, qui a été publiée récemment « Ageing and Literacy Skills: Evidence from Canada, US and Norway ». Leurs constatations sont alarmantes et appuient les préoccupations que David Trick, Richard Van Loon et moi-même avons exprimées dans notre livre Academic Reform, selon lesquelles des ratios enseignant-étudiants plus faibles, des charges d’enseignement moins lourdes et une moins grande participation des étudiants réduiront probablement la qualité des études de premier cycle dans les universités canadiennes.
Nous ne sommes pas les seuls à nous inquiéter. Voici ce qu’a affirmé Robert Campbell, président de Mount Allison University, « Nous savons tous que l’expérience universitaire s’est détériorée au premier cycle durant notre vie, et surtout au cours des dernières décennies » et « et nous savons pertinemment que cette expérience peut et devrait être nettement meilleure. » Toutefois, d’autres administrateurs scolaires ont contesté l’affirmation selon laquelle la qualité de l’enseignement au premier cycle s’est détériorée.
L’étude de Green et Riddell prouve le contraire. Elle révèle que les résultats d’apprentissage au premier cycle n’ont cessé de diminuer au fil des ans au Canada, à tout le moins depuis les années 70. L’alphabétisation a été mesurée selon les notes obtenues à l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes de 1994 et l’Enquête internationale de 2003 sur l’alphabétisation et les compétences des adultes. Selon Green et Riddell, ces enquêtes évaluent [traduction] « les compétences utilisées pendant les activités quotidiennes, comme au travail, à la maison et dans la collectivité. En d’autres termes, il s’agit des compétences cognitives de base utilisées dans la vie courante ».
Lorsque Green et Riddell ont comparé les notes d’alphabétisation obtenues dans les deux enquêtes par les Canadiens ayant étudié à l’université, ils ont constaté que le groupe des 26 à 34 ans de 2003 a obtenu des notes inférieures à celles de la cohorte comparable de 1994. Cet écart ne peut s’expliquer par les taux accrus de participation aux études universitaires parce qu’il existe une baisse statistiquement significative à l’extrémité supérieure des notes d’alphabétisation, parmi les Canadiens qui auraient fréquenté l’université, peu importe les taux de participation globaux.
Après avoir établi les effets du vieillissement — la baisse du niveau d’alphabétisation d’une cohorte quelconque sur une période de neuf années — Green et Riddell ont été en mesure d’évaluer les niveaux d’alphabétisation des « cohortes synthétiques » précédentes formées des 26 à 34 ans. En fait, ils ont déterminé les notes qu’une cohorte aurait obtenues si des enquêtes comparables avaient été effectuées en 1985 et en 1976. Ils sont arrivés à la conclusion que les niveaux d’alphabétisation des 26 à 34 ans titulaires d’un diplôme universitaire et d’un degré d’alphabétisme élevé au Canada avaient diminué de façon plus ou moins continue de 1976 à 2003.
Les conclusions de Green et Riddell ne prouvent pas hors de tout doute que la qualité de l’enseignement fourni aux étudiants de premier cycle par les universités canadiennes s’est détériorée au fil des ans. Certains soutiendront que les tendances ont changé depuis 2003. D’autres pourront être d’avis que des facteurs supplémentaires, comme la moins grande rigueur intellectuelle dans les écoles secondaires et un milieu socioéconomique moins favorable à l’alphabétisation, ont contribué à la chute des notes d’alphabétisation. D’autres personnes encore pourront prétendre que les universités (ou d’autres composants du système d’éducation) se concentrent sur l’acquisition d’autres compétences (par exemple les compétences numériques, l’esprit d’équipe) aux dépens de l’alphabétisation. Toutefois, selon moi, la majorité des Canadiens qui se préoccupent de la qualité de l’enseignement conviendraient qu’une recherche démontrant que, chaque nouvelle décennie, nos diplômés universitaires obtiennent des résultats d’apprentissage plus faibles que ceux de la décennie précédente peut constituer un rappel à l’ordre tant pour les décideurs que pour le personnel enseignant des universités.
Il ne s’agit pas d’un problème présent seulement en Ontario. Les constatations de Green et Riddell sur la baisse de l’alphabétisation des groupes successifs de diplômés canadiens devraient inciter tous les intervenants à améliorer sans délai la qualité et la rentabilité de l’éducation au premier cycle d’un océan à l’autre.
-Ian D. Clark, professeur, École de politique publique et de gouvernance de l’Université de Toronto. www.ian-clark.ca.
À notre avis, les blogueuses et blogueurs invités expriment leurs propres avis, et pas nécessairement ceux du COQES.

 

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