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Janice Deakin, Julia Colyar et Jackie Pichette – Microcertifications : Apprentissage court et ciblé qui répond à de nouveaux besoins

Le paysage des microcertifications évolue rapidement. Depuis que le COQES a commencé ses recherches sur le sujet au début de 2020, le gouvernement de l’Ontario a consacré près de 60 millions de dollars à une stratégie sur les microcertifications qui comprend de nouveaux programmes, un portail en ligne et une campagne de sensibilisation du public. En mars, le gouvernement a annoncé qu’il étendait le nombre des programmes pouvant faire l’objet de demandes de prêts et de bourses de la part des étudiants de l’Ontario en y incluant près de 600 programmes de microcertifications. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les Ontariens dont les emplois ont été affectés par la pandémie et qui pourraient avoir besoin de parfaire leurs compétences. Mais évidemment, il faut que les Ontariens sachent que ces possibilités existent et en voient l’utilité.

Nous avons mené un sondage auprès de 2 000 adultes et 201 employeurs canadiens; les résultats des deux sondages, qui s’inscrivaient dans un projet de recherche plus vaste, révèlent qu’il y a un manque de connaissance en ce qui concerne les microcertifications et à qui elles sont utiles. Cela n’est pas seulement un problème pour les établissements d’enseignement postsecondaire qui tentent d’attirer des étudiants, mais aussi pour les Ontariens qui pourraient en profiter.

Afin d’améliorer la compréhension de l’innovation qui se fait dans le secteur de l’éducation à l’échelle de la province et ailleurs, nous avons formulé une définition commune de « microcertification » que les collèges et universités de l’Ontario peuvent utiliser et adapter. Elle s’appuie sur les définitions proposées par des institutions comme l’UNESCO, la Commission européenne, la New Zealand Qualifications Authority et la State University of New York (pour n’en nommer que quelques-unes), ainsi que sur les conseils de plus d’une quarantaine d’experts avec lesquels nous nous sommes entretenus.

Notre définition met l’accent sur le fait que les microcertifications sont plus courtes et plus ciblées que les titres de compétences traditionnels comme les diplômes. Nous accordons intentionnellement la préférence à une définition descriptive plutôt que prescriptive, ce qui laisse une grande marge de manœuvre aux organisations pour faire progresser leurs objectifs normatifs (« au collège X, les microcertifications seront adaptées à l’industrie et souples » ou « pour être admissibles au financement gouvernemental, les microcertifications devraient inclure une évaluation sommative »).

Définition de microcertification du COQES

Une microcertification est une preuve d’apprentissage et est octroyée à l’issue de la participation à un court programme visant à enseigner un petit ensemble de compétences (c.-à-d. habiletés, connaissances, attributs), et est parfois liée à d’autres titres de compétences.

Un rapport récent publié par eCampusOntario et l’Institut de la diversité va généralement dans le sens de notre définition des microcertifications. Par exemple, les auteurs du rapport eCampus voient les microcertifications comme un « complément » à l’enseignement postsecondaire traditionnel, plutôt que comme un remplacement. Les auteurs considèrent que les microcertifications ont un rôle à jouer dans un système efficace d’apprentissage permanent et soulignent que leur pertinence pour l’industrie est une caractéristique importante – ce que notre rapport décrira comme un « indicateur de la qualité ».

Nos constatations différeront toutefois de celles du rapport eCampusOntario et du Diversity Institute de deux façons importantes.  Nous estimons qu’étant donné que ces distinctions ont des répercussions dans le contexte des politiques, il est important de les signaler. 

Tout d’abord, les auteurs abordent le sujet en insistant sur l’apprentissage virtuel, ce qui est compréhensible compte tenu de leurs mandats. Nous constatons toutefois que cette orientation ne correspond ni à notre définition de microcertifications ni à la réalité sur le terrain en Ontario.* En collaboration avec la TRAES et CICan, nous avons mené une enquête auprès de 105 établissements d’enseignement postsecondaire canadiens en novembre/décembre 2020. Nous avons constaté que 81 % des établissements sondés dotés de programmes de microcertification offrent une combinaison d’options en ligne et en personne et que seulement 13 % les offrent exclusivement en ligne. Cette combinaison de modalités est positive du point de vue de l’accessibilité. Il n’est pas surprenant non plus que nous estimions que l’apprentissage pratique est essentiel pour mettre en pratique les compétences que certaines microcertifications visent à enseigner. Pour refléter cette réalité et soutenir des programmes accessibles de grande qualité, la stratégie de l’Ontario sur les microcertifications doit inclure les différents modes d’enseignement : en ligne, en personne et hybride. 

Le rapport fait aussi la promotion du « dégroupement des compétences en éléments constitutifs et de leur regroupement en microcertifications cumulables ». À notre avis, les collèges et les universités devraient se concentrer moins sur la déconstruction des programmes d’études existants et plus sur la conception de contenu novateur et ciblé qui sert un nouveau marché d’étudiants. Le COQES considère que les fonctions principales des microcertifications sont de répondre rapidement aux besoins sociaux et économiques en évolution (par ex. en raison de la pandémie — en anglais seulement) et de répondre aux besoins des apprenants mal desservis (comme les adultes). Nous faisons aussi une mise en garde en soulignant qu’il faut éviter de chercher à assurer la cumulabilité aux dépens de la valeur indépendante du titre de compétences. Tout comme la New Zealand Qualifications Authority (en anglais seulement), nous appuyons l’idée d’une microcertification comme « un programme d’apprentissage autonome, précieux en soi ». La cumulabilité devrait être un bonus, et non l’objectif principal.

Nous avons hâte de vous faire parvenir notre rapport complet sous peu. En plus de résumer notre travail sur une définition commune, le rapport renfermera des données probantes sur les préférences des utilisateurs finals : Qu’est-ce qui compte pour les Canadiens? Et pour les employeurs? D’ici là, nous encourageons nos partenaires sectoriels à adopter et à communiquer l’idée que les microcertifications sont plus courtes et plus ciblées que les titres de compétences traditionnels. De concert avec les fournisseurs de services d’enseignement postsecondaire, nous encourageons le gouvernement de l’Ontario à adopter des modalités mixtes d’apprentissage dans le contexte des microcertifications et à accorder la priorité à l’élaboration de programmes nouveaux et novateurs qui répondent aux besoins changeants des apprenants et de leurs collectivités.

*Note du rédacteur : La version originale de ce billet citait les auteurs du rapport eCampusOntario et du Diversity Institute qui affirment que les microcertifications« doivent être numériques ». Les auteurs ont communiqué avec le COQES pour préciser le sens qu’ils donnent au prix « microcertification », ne visant pas nécessairement le programme, qui doit être de nature numérique.

Janice Deakin est présidente-directrice générale; Julia Colyar est vice-présidente, Recherche et politiques; et Jackie Pichette est directrice, Politiques, recherche et partenariats, au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

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