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Jeffrey Napierala et Shakira Leslie : À l’occasion de la Journée internationale de la femme, n’oublions pas l’écart salarial qui persiste entre les hommes et les femmes

La Journée internationale de la femme est un bon moment pour faire le point une fois de plus sur l’inégalité des genres du point de vue des salaires. Ce n’est malheureusement pas un nouveau problème. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les Canadiennes continuent de gagner moins que les Canadiens. En 2019, les femmes ont gagné en moyenne 18 % de moins que les hommes. L’écart salarial commence immédiatement après l’obtention du diplôme d’études postsecondaires et augmente chaque année dans le monde du travail. Cela garantit pratiquement que l’écart salarial entre les diplômés et diplômées d’aujourd’hui continuera d’augmenter, laissant entrevoir un avenir caractérisé par une inégalité salariale continue entre les hommes et les femmes.

Les récentes données de Statistique Canada font état de divergences troublantes. Par exemple, les femmes gagnent seulement 0,76 $ pour chaque dollar gagné par les hommes trois ans après l’obtention d’un diplôme en sciences physiques et de la vie d’un établissement postsecondaire de l’Ontario. Sur une période de trois ans, cet écart dans la rémunération peut totaliser 40 000 $ chez les femmes.

Titre : Les diplômées ontariennes continuent de gagner moins que les hommes

La fraction que gagnent les femmes pour chaque dollar que gagnent les hommes

Notes : Les résultats concernent uniquement les travailleurs et travailleuses à temps plein. Les deux premiers points de données sont séparés des derniers avec une ligne pointillée pour indiquer que les intervalles de suivi sont passés de deux à trois ans durant cette période; il faut donc faire preuve de prudence au moment de comparer les données.
Source : Enquête nationale auprès des diplômés. Tableau 37-10-0034-01 de Statistique Canada

Le graphique illustre que l’écart salarial entre les genres persiste chez toutes les diplômées en Ontario, exception faite d’un petit sous-ensemble. En effet, les femmes titulaires d’un doctorat affichent le plus faible écart salarial pour toutes les périodes d’enquête et étaient à parité avec les hommes en 2018. Cela contraste vivement avec les femmes titulaires d’un diplôme collégial qui ont gagné environ 0,85 $ pour chaque dollar gagné par les hommes au cours de la même période. Dans le cas des titulaires d’une maîtrise et d’un baccalauréat, les écarts se situent au milieu, dans une fourchette de 0,85 $ à 0,94 $.

L’écart salarial entre les hommes et les femmes titulaires d’un baccalauréat est troublant étant donné que la majorité des diplômés universitaires détiennent ce titre d’études. En 2013, trois ans après l’obtention de leur diplôme, les femmes gagnaient 0,91 $ pour chaque dollar gagné par les hommes; cela est tombé à 0,85 $ en 2018 pour la cohorte des diplômées de 2015.

Titre : Les diplômées gagnent beaucoup moins que les hommes dans certains domaines

Notes : Les résultats sont ceux des diplômés et diplômées postsecondaires employés au moment de l’enquête de suivi.
Source : Enquête nationale auprès des diplômés de 2018 Tableau de Statistique Canada 37-10-0188-01

Le graphique ci-dessus montre les trois domaines où les écarts salariaux entre les femmes et les hommes étaient les plus importants en 2018. Afin de mieux illustrer les répercussions « réelles » de ces disparités, nous avons estimé les écarts salariaux cumulatifs des femmes dans ces domaines par rapport aux hommes. Sur une période de trois ans, l’écart de 2018 se traduirait par un déficit salarial de 42 600 $ pour les femmes diplômées en sciences physiques et de la vie, de 39 000 $ dans le cas des sciences humaines et de 30 900 $ dans le domaine de la santé et les domaines connexes. Ces écarts salariaux sont susceptibles d’empirer au fil du temps, ce qui aurait pour effet d’augmenter ces disparités.

Il y a cependant quelques points positifs. Les femmes dans les domaines des mathématiques, de l’informatique et des sciences de l’information ainsi que de l’architecture, du génie et des technologies connexes sont à peu près à parité salariale avec les hommes. Dans les domaines des services personnels, de protection et de transport, les femmes gagnent un peu plus. Cependant, la tendance dominante demeure que la plupart des femmes gagnent beaucoup moins que les hommes qui ont étudié dans les mêmes domaines.

Nous approchons du premier anniversaire des effets de la pandémie en Amérique du Nord et selon certains rapports, les retombées de la crise pourraient faire reculer les femmes de 10 ans sur le marché du travail. Toutefois, étant donné qu’un plus grand nombre d’entreprises adoptent de façon permanente des modèles de télétravail, il est possible de procéder à des transformations à grande échelle des anciens environnements de travail qui existent depuis longue date. Bien entendu, l’adoption d’un modèle de télétravail ne garantit pas en soi plus d’occasions professionnelles pour les femmes, qui continuent à assumer la part du lion lorsqu’il s’agit de s’occuper du ménage et des enfants.

Récemment, des changements ont été apportés à certaines politiques pour soutenir les femmes. Le gouvernement canadien a annoncé un Fonds de réponse et de relance féministes qui vise à accroître la participation des filles et des femmes à la vie économique, sociale, démocratique et politique. De plus, un règlement fédéral sur l’équité salariale est en cours d’élaboration et devrait aider à équilibrer les salaires des femmes, mais on ne sait pas encore si ces règlements produiront l’effet escompté.

Le COQES examine actuellement les disparités entre les genres parmi les universitaires en Ontario et partout au Canada afin de mieux comprendre les défis auxquels font face les femmes dans le milieu universitaire et ailleurs. Bien que les femmes diplômées récemment qui sont titulaires d’un doctorat semblent avoir atteint la parité salariale avec les hommes, ce n’est pas le cas des femmes membres du corps professoral. Elles sont souvent « dans la minorité et moins bien rémunérées », gagnant en moyenne 14 437 $ de moins par an que les hommes dans la même discipline. Alors que nous continuons d’explorer cette question, nous espérons jeter la lumière sur les écarts qui persistent et proposer des politiques pour les combattre.

Jeffrey Napierala est chercheur principal et Shakira Leslie est stagiaire de recherche au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

Notes sur les données : Nous nous sommes servis de l’Enquête nationale auprès des diplômés pour examiner les gains en début de carrière des diplômés de niveau postsecondaire. Pour dégager des tendances au fil du temps, nous avons comparé les gains des diplômés de 2015, 2010, 2005 et 2000. Pour les cohortes de 2015 et 2010, les données ont été recueillies trois ans après l’obtention du diplôme. Pour les cohortes de 2005 et 2000, les données ont été recueillies deux ans après l’obtention du diplôme. Aux fins du présent blogue, le COQES a utilisé le terme « genre » plutôt que « sexe » lors de la présentation des résultats, malgré les incohérences entre les deux concepts.

Les gains déclarés ci-dessus soit ont été calculés à partir de la médiane des gains annuels bruts des hommes et des femmes titulaires d’un diplôme, soit correspondent à cette médiane. Ils ne tiennent pas compte de caractéristiques supplémentaires qui peuvent influer différemment sur les gains des hommes et des femmes, comme le nombre d’années d’expérience sur le marché du travail, le nombre d’heures/semaines travaillées et/ou le diplôme précis obtenu. Par conséquent, il est possible que d’autres caractéristiques aient une incidence sur les écarts observés en plus du genre.

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