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Ken Chatoor et Victoria Barclay — Pour aborder la reprise économique en K, nous devons aussi aborder la reprise de l’apprentissage en K

Les répercussions économiques à long terme de la pandémie de COVID-19 aggravent les inégalités au Canada et préoccupent de plus en plus les citoyens et les décideurs. Cette manifestation de l’inégalité a été appelée « reprise économique en K » (en anglais seulement), un terme qui décrit les résultats bifurqués qui sont largement positifs pour les personnes très scolarisées et à revenu élevé, et largement négatifs pour les travailleurs à faible revenu et moins diplômés.

On accorde beaucoup d’importance (en anglais seulement) à la reprise économique en K pour les travailleurs actuels sur le marché du travail. Selon les premières études, les salariés à faible revenu sont touchés de manière disproportionnée par les pertes d’emplois pendant la pandémie. Ces mêmes études montrent que les travailleurs à revenu élevé sont plus susceptibles d’occuper des emplois stables et flexibles qui leur permettent de passer à un modèle de travail à domicile pendant la pandémie, et qu’ils sont donc moins touchés financièrement.

Pour les enfants des familles qui ont subi les contrecoups économiques de la pandémie, il y a des conséquences à court et à long terme tant de la maternelle à la 12e année qu’au niveau des études postsecondaires. Beaucoup ont déjà de la difficulté à naviguer dans un système d’éducation dans lequel le revenu de la famille et l’accès au capital influent largement sur les résultats d’apprentissage. Par exemple, certains élèves peuvent participer à l’école à distance depuis un espace privé avec leur propre appareil et un accès Internet fiable. Pour les familles à faible revenu, la pandémie de COVID-19 a empiré l’accès à Internet. Avant l’apprentissage à distance, les élèves qui n’avaient pas les moyens d’utiliser un ordinateur personnel ou un logiciel spécialisé bénéficiaient souvent d’un accès dans le cadre des laboratoires informatiques de l’école. Toutefois, les disparités ne se limitent pas aux travaux scolaires. L’école à distance empêche les élèves d’avoir accès aux programmes de déjeuners et de collations sur lesquels de nombreuses familles comptent en raison de l’insécurité alimentaire. L’éducation en personne permet une expérience d’apprentissage selon laquelle ces iniquités peuvent être atténuées en partie par le fait que tous les élèves ont accès aux mêmes appareils et ressources pendant qu’ils sont sur place.

À long terme, nous savons que le capital social des parents peut se traduire par des effets intergénérationnels. Les rapports du Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) montrent que le niveau de scolarité et le revenu des parents influent sur la décision d’un enfant de poursuivre des études postsecondaires (EPS) et qu’ils ont une incidence sur ses résultats sur le plan professionnel. Des rapports de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) confirment que le revenu des parents influe considérablement sur la mobilité sociale dans la plupart des pays développés. En outre, ces études donnent à croire que la probabilité que les personnes issues de milieux économiques inférieurs passent à des milieux économiques plus élevés diminue au fil du temps. Ainsi, d’un point de vue intergénérationnel, les familles riches sont susceptibles de rester riches et les familles pauvres sont susceptibles de rester pauvres. La récession de 2008 a accéléré l’inégalité croissante des revenus (en anglais seulement), et les preuves initiales des répercussions économiques liées à la pandémie montrent des effets similaires. Cette tendance risque de remettre en cause les hypothèses méritocratiques concernant la manière dont notre société et notre économie devraient fonctionner. Au niveau le plus élevé, la résolution de ce problème nécessite des solutions gouvernementales qui créent de l’équité en aidant les personnes qui ne bénéficient pas d’avantages comme des ressources intergénérationnelles.

Pour ceux qui se trouvent dans la partie inférieure de la reprise de l’apprentissage en K pour les étudiants de niveau postsecondaire, les efforts continus du gouvernement pour améliorer l’accès à Internet, ainsi que la qualité et l’abordabilité de l’enseignement constituent une première étape positive. Le fait de veiller à ce que les services d’EPS et les programmes scolaires soient accessibles en ligne pour tous les étudiants contribuera à réduire les conséquences inéquitables importantes qui touchent les étudiants, même au-delà de leur vie. Il est essentiel d’entreprendre ce travail d’un point de vue intersectionnel; le statut de nouvel arrivant, la race, le sexe et le fait de vivre avec une incapacité — ainsi que le type d’incapacité — jouent tous un rôle clé dans la capacité d’accéder aux EPS.

Une grande partie de l’attention accordée à l’aggravation des inégalités dans le cadre de la reprise en K a porté à juste titre sur les adultes sur le marché du travail, où les gains et les pertes se produisent de manière inégale en fonction du revenu et du statut socioéconomique. Nous devons garder à l’esprit que ce qui arrive aux parents a des répercussions sur leurs enfants. Veiller à ce que tous les élèves aient un accès égal aux ressources dont ils ont besoin pour réussir leurs études est une étape importante pour uniformiser les règles du jeu.

Ken Chatoor est chercheur principal et Victoria Barclay est stagiaire en recherche au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

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