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Ken Chatoor — Pas d’excuses : Nécessité de répondre au besoin désespéré de données sur l’orientation sexuelle et sur l’identité et l’expression de genre dans le secteur des études postsecondaires

Les données sont importantes, à la fois comme outil de recherche et comme outil dans le contexte des politiques, car elles peuvent avoir une incidence sur le financement, les priorités gouvernementales et l’élaboration de programmes. En Ontario, comme dans d’autres administrations, la collecte de données auprès de certains groupes présente des lacunes importantes. Or, nous devons étendre le bassin de données disponibles, mais nous devons aussi porter une attention particulière à la façon dont ces données sont recueillies. La manière dont sont formulées les questions de sondage ou les réponses possibles peuvent déterminer dans une large mesure les taux de réponse de certains groupes et la qualité des données qu’ils fournissent (Betts, 2008, en anglais seulement). Si nous nous fions à notre expérience du traitement des données dans le domaine de l’éducation postsecondaire, cela est particulièrement vrai dans le cas des questions de sondage qui portent sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression de genre.

Il est urgent d’améliorer la collecte de données sur l’orientation sexuelle et sur l’identité et l’expression de genre. L’analyse des données recueillies dans le secteur allant de la maternelle à la 12e année (en anglais seulement) montre que le taux d’obtention du diplôme et l’expérience scolaire diffèrent grandement selon l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de l’élève. Des données comparables manquent cruellement dans le secteur de l’enseignement supérieur, ce qui empêche les chercheurs d’évaluer dans quelle mesure les élèves LGBTQ+ ont accès à l’enseignement postsecondaire et la nature de leurs expériences au niveau postsecondaire. Une meilleure collecte de données pourrait mener à un meilleur accès ou à de meilleurs taux de réussite pour ces élèves.

Même lorsque les données sont recueillies, elles ne sont pas toujours fiables ou complètes. Par exemple, les définitions du sexe et du genre ne sont pas toujours uniformes ou exactes. Le sexe et le genre sont des concepts différents et doivent être comparés avec une extrême prudence (Statistique Canada, 2018). Par exemple, il y a une différence entre une personne ayant un sexe féminin et une personne qui s’identifie comme femme en tant que son genre. L’identité de genre désigne l’expérience personnelle et interne d’une personne en ce qui concerne le genre, et l’expression de genre désigne la façon dont une personne présente publiquement son genre (Commission ontarienne des droits de la personne). Le genre d’une personne peut changer au fil du temps, et une personne peut différer quant au moment, à l’endroit, et à qui elle divulgue son genre et/ou comment elle l’exprime. Le sexe réfère au sexe assigné à la naissance. Le sexe d’une personne est habituellement assigné en fonction de son système reproducteur. Statistique Canada a mis à l’essai des normes pour orienter la collecte de données sur le genre d’une personne et le sexe d’une personne.

Le terme trans/transgenre est un terme qui a été défini de façon différente par des organismes comme la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP), l’Association du Barreau canadien et Statistique Canada. Cela ne facilite pas la collecte de données. L’Association du Barreau canadien décrit une personne comme transgenre si son identité de genre ne correspond pas à son sexe assigné à la naissance. Statistique Canada utilise une définition similaire qui réfère au sexe assigné à la naissance, mais qui inclut également les personnes qui ne sont pas certaines de leur genre ou qui ne s’identifient à aucun genre. En revanche, la CODP propose une définition beaucoup plus étendue et inclusive du terme trans/transgenre comme terme générique désignant les personnes ayant diverses identités et expressions de genre qui diffèrent des normes stéréotypées relativement au genre. Une différence clé dans la description du genre de la CODP est qu’elle n’est pas définie par rapport au sexe assigné à la naissance.

Des données peu fiables ou incohérentes constituent un défi qui peut être rendu encore plus compliqué par l’utilisation de termes comme identité de genre et orientation sexuelle de façon interchangeable même s’ils ne le sont pas (CODP). De plus, certaines données ne sont pas recueillies du tout. Les établissements postsecondaires de l’Ontario ne recueillent généralement pas de données administratives sur l’orientation sexuelle malgré une prise de conscience croissante de l’importance de le faire. L’Enquête sur la sécurité individuelle au sein de la population étudiante postsecondaire (ESIPEP) est une enquête nationale qu’a menée Statistique Canada en 2019 auprès des étudiants de niveau postsecondaire. Elle fournit un exemple de la façon de formuler les questions et a été utilisée avec succès pour déterminer les différentes proportions d’étudiants selon l’orientation sexuelle au niveau postsecondaire et pour évaluer les expériences de ces étudiants relativement à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre et à l’expression de genre (Burczycka, 2020). L’inclusion de questions semblables au Recensement du Canada, à des enquêtes sociales générales et à des enquêtes sur la population active étendrait l’éventail de données disponibles et aiderait les décideurs et les chercheurs à étudier de façon plus utile les problèmes d’accès chez les étudiants LGBTQ+.

L’établissement de liens de confiance et de partenariats avec des groupes historiquement sous-représentés et sous-dénombrés constitue une condition préalable essentielle pour améliorer la collecte de données. Le secteur doit gagner la confiance des membres de ces collectivités, qui risquent de se méfier des efforts de collecte de données à cause de l’injustice dont ils ont été victimes par le passé et qui expliquent les relations négatives qu’ils ont avec les organismes de collecte de données du gouvernement et autres.

L’établissement de liens de confiance et de partenariats avec des groupes historiquement sous-représentés et sous-dénombrés constitue une condition préalable essentielle pour améliorer la collecte de données. Le secteur doit gagner la confiance des membres de ces collectivités, qui risquent de se méfier des efforts de collecte de données à cause de l’injustice dont ils ont été victimes par le passé et qui expliquent les relations négatives qu’ils ont avec les organismes de collecte de données du gouvernement et autres. À cette fin, des questions sur l’orientation sexuelle et l’identité et l’expression de genre ont été élaborées par le Centre de statistiques sur le genre, la diversité et l’inclusion de Statistique Canada, qui a consulté divers groupes de genres et LGBTQ+. Des études récentes (page Web en anglais seulement) ont validé des questions sur le genre et l’orientation sexuelle dans un contexte canadien et comprennent des recommandations et des exemples de questions de sondage. La Commission ontarienne des droits de la personne a également fourni des conseils sur la collecte de données afin de dissiper les craintes de discrimination.

Nous nous attendons à ce que les questions de sondage continuent d’évoluer et de s’améliorer parallèlement à la recherche, aux consultations communautaires et aux vérifications des normes de données. Ce processus ne se limite évidemment pas exclusivement à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre; les pratiques exemplaires en matière de validation des questions et de langage évoluent constamment et guident la conception des enquêtes et la collecte de données administratives depuis des décennies. Les efforts considérables faits par des groupes comme Statistique Canada et les conseils scolaires de la province montrent que cela peut se faire et bien se faire. Il n’y a pas d’excuse pour ne pas recueillir ces données.

Ken Chatoor est chercheur principal au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

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