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Nicholas Dion – Numératie c. mathématiques

Nicholas Dion, coordonnateur principal de la recherche et des programmes

Si les termes mathématiques et numératie sont souvent utilisés de façon interchangeable, ils correspondent à des choses très différentes, et cette distinction joue un rôle important – bien que souvent implicite – dans la définition de la portée des discussions que nous avons au sujet des compétences en numératie. En bref, alors que les mathématiques sont conceptuelles et abstraites, la numératie est l’application pratique de connaissances mathématiques en vue de résoudre un problème.

L’importance de cette distinction est devenue évidente dans le cadre d’une récente discussion entre experts, organisée par l’Economic Club of Canada, sur le déclin des compétences en numératie. On a organisé cette séance à la suite de la diffusion à l’automne d’un rapport de recherche, rédigé par Graham Orpwood de l’Université York et Emily Sandford Brown du Collège Sheridan, et qui examine les effets des lacunes en matière de numératie sur la compétitivité économique de l’Ontario.

Le rapport soutient que les étudiants ontariens ne possèdent pas le niveau de compétences en numératie nécessaire sur le marché du travail et demande la création d’une table ronde provinciale pour trouver des solutions. De nombreuses façons, le rapport donne suite aux travaux du Projet portant sur les mathématiques au niveau collégial et du Projet portant sur le rendement des étudiantes et étudiants au niveau collégial, dans le cadre desquels on a constaté qu’environ le tiers des étudiants qui entrent au collège en Ontario ne possèdent pas le niveau de compétences requis en mathématiques pour réussir leur programme d’études. Dans son propre rapport de 2014 sur la numératie en tant que compétence essentielle, le COQES a souligné la nécessité de faire une distinction prudente – bien qu’inévitablement floue – entre numératie et mathématiques.

Mais lorsqu’est arrivée la période de questions durant la rencontre de l’Economic Club, on a semblé perdre de vue cette distinction. Pourquoi les élèves du secondaire obtiennent-ils de si piètres résultats en mathématiques? Les enseignants ont-ils peur des mathématiques ou ont-ils besoin de plus de formation? Faut-il blâmer le style et le contenu du programme d’études? Les choses n’allaient–elles pas mieux pour nous tous avant l’apprentissage par investigation?

Ces questions avaient très peu à voir avec les compétences en numératie qui sont acquises et appliquées au cours d’une vie et qui sont, pour tous, tout aussi essentielles au travail que dans la vie. Non, ces questions concernaient toutes les mathématiques – une petite partie des mathématiques, plus précisément les mathématiques enseignées au secondaire. Les mathématiques sont une cible facile –nous entendons tous parler des résultats de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation, et nous avons tous suivi un cours de mathématiques à un moment ou à un autre – mais quelque chose de plus profond était en cause ici. Lorsque nous n’établissons pas soigneusement de distinction entre numératie et mathématiques, les discussions tendent à se concentrer sur les mathématiques du secondaire. Il n’y a rien de mal à cela, si ce n’est que l’on exclut ainsi la possibilité d’une discussion beaucoup plus vaste.

Comme le souligne clairement le rapport d’Orpwood et de Brown, la numératie est une compétence essentielle dans la vie et au travail, dont l’importance va bien au-delà de la réussite d’un programme d’études. Si certains étudiants auront besoin d’une formation avancée en mathématiques pour exercer la profession de leur choix – dans les STIM par exemple – tous les étudiants doivent posséder de solides compétences en numératie, peu importe le domaine d’études qui les intéresse ou la profession choisie. Le niveau de compétences requis en numératie est établi par les exigences en constante évolution de la vie quotidienne – qu’il s’agisse de faire de bons investissements et d’acquérir une culture financière ou d’interpréter des données afin de décider sur quelle équipe de hockey miser.

Fait important, la norme s’appliquant aux connaissances en numératie est très raisonnable. Il n’est pas question ici de calcul, d’algèbre linéaire ou de statistiques avancées. Si nous jetons un coup d’œil aux questions utilisées dans le cadre du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de l’OCDE, conçu pour évaluer les compétences durant la vie adulte, nous voyons des sujets tels que les fractions ou les probabilités simples, lesquels sont étudiés au début du programme de mathématiques.

Pour la même raison, le développement de la numératie est moins une question d’acquisition d’autres connaissances et plus une question de renforcement constant des concepts de base. Le rapport du COQES sur la numératie met l’accent sur la nécessité de répartir les mathématiques sur l’ensemble du programme postsecondaire, d’une part pour que les étudiants ne puissent pas l’éviter, mais également pour qu’ils soient de façon répétée en contact avec la numératie dans des environnements organiques compatibles avec leurs intérêts scolaires. Les mathématiques ne devraient pas être limitées aux cours de mathématiques.

La distinction entre mathématiques et numératie n’est pas toujours claire. Mais même floue, elle joue un rôle important pour ce qui est d’élargir la discussion afin de déborder du contexte de la classe et de nous aider à nous concentrer sur l’application pratique de ces compétences dans la vie et au travail.

Nicholas Dion est coordonnateur principal de la recherche et des programmes au COQES.

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