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Succomber à ses vieux démons : Terry Gitersos réfléchit de nouveau au milieu universitaire

Blogueur invité : Terry Gitersos

Blogueur invité : Terry Gitersos

J’avais espéré que le premier blogue que j’écrirais pour le COQES servirait de coupure publique et irréversible du milieu universitaire. Je croyais à ce moment que mon rêve de trouver un poste universitaire était virtuellement impossible à réaliser et j’étais déterminé à consacrer toute mon énergie pour trouver un emploi dans un milieu autre qu’universitaire. Or, après avoir été sans emploi pendant une période d’environ huit mois, j’ai succombé à mes vieux démons. Pendant une grande partie des mois d’avril et de mai, je me suis mis lancé dans une quête frénétique en vue de me trouver un emploi dans le monde universitaire.
Naturellement, je n’aurais jamais envisagé un retour à la tour d’ivoire, la queue entre les jambes, si ma recherche d’emploi dans un milieu autre qu’universitaire avait porté fruit. Cependant, je devrais admettre que retrouver certains de mes anciens enseignants et collègues – ceux ayant gagné à la loterie des emplois universitaires – a fait naître en moi un nouvel enthousiasme pour le monde universitaire et une volonté de faire une dernière tentative. Ces sentiments semblent être fréquents chez les personnes ayant terminé leurs études supérieures lorsqu’elles sont confrontées aux fantômes de leur passé universitaire; ils vous entretiennent de sujets qui vous passionnent toujours et dont vous n’avez plus jamais l’occasion de discuter; ils vous parlent de l’importance de publier vos recherches; ils flattent votre vanité et stimulent votre compétitivité intellectuelle; ils vous assurent que vous seriez un professeur formidable; ils vous encouragent à tenter votre chance une autre fois et, avant de vous en rendre compte, vous épluchez les annonces de postes universitaires sur Internet.
Une rencontre avec un ancien collègue m’a particulièrement déstabilisé. Nous avons commencé nos études doctorales en même temps et avons défendu notre thèse à deux semaines d’écart l’un de l’autre. Nous avons postulé pratiquement tous les mêmes postes l’année dernière, ce qui comprend un poste conduisant à la permanence sur un campus satellite d’une université d’État aux États-Unis, poste qu’il a accepté. Par conséquent, cette rencontre s’est révélée être comme un aperçu de ce qui aurait pu se produire. D’après ce que j’ai pu voir, sa vie, à tout le moins sa vie professionnelle, est satisfaisante, contrairement à la mienne qui était assez décourageante à ce moment. Ce fut une juxtaposition simple mais puissante et ce n’est probablement pas par coïncidence que j’ai mis à jour mon CV le jour suivant mon retour de ce voyage.
J’avais oublié le temps qu’il faut consacrer à la recherche d’un emploi dans le milieu universitaire. Outre le curriculum vitae et les lettres d’accompagnement habituelles, la postulation d’un poste universitaire exige d’exposer sa philosophie de l’enseignement et de fournir des plans de recherche, des programmes de cours proposés, des preuves de son efficacité pédagogique et autres documents.  Idéalement, le postulant modifie ces documents, si nécessaire, au fil du temps, mais je ne les avais pas regardés depuis plus d’un an. Mon plan de recherche et ma philosophie d’enseignement donnaient envie de rentrer sous terre – Ai-je changé tellement au cours d’une année que je ne peux plus reconnaître ma propre écrite? Alors que je croyais réviser l’ensemble en deux jours sans problème, il m’a fallu près de deux semaines pour repenser et réécrire pratiquement tout. Il va sans dire que j’ai complètement délaissé ma recherche d’un emploi non universitaire pendant ce temps.
Que m’a apporté tout ce travail? Le marché du travail dans mon domaine s’est avéré être aussi  lamentable que dans mon souvenir, et le nombre d’emplois me convenant était probablement plus maigre qu’au cours de la dernière année. Mes chances d’être choisi ou même interviewé pour un poste menant à la permanence sont pratiquement nulles, et j’ai déjà reçu des avis de refus pour des postes de durée limitée. Tout d’abord, est-ce que je veux vraiment un poste d’une durée limitée? Je sais très bien que l’enseignement pour une durée limitée exige beaucoup de travail pour un petit salaire et très peu de sécurité et, compte tenu de la rareté des postes conduisant à la permanence, qu’il ne mène habituellement à rien de plus que d’autres postes à temps partiel. Ce type d’enseignement est une roue de hamster sur laquelle il est facile d’embarquer, et qui, j’imagine, est très difficile à abandonner.
Un universitaire de carrière à la chevelure grisonnante m’a dit un jour, lors d’une conférence, que seules les personnes les plus dévouées, les plus persuadées ou les plus désespérées deviennent des chargés de cours à temps partiel. Je corresponds vraisemblablement à cette dernière catégorie à ce point de ma vie professionnelle. Même si j’adore l’enseignement et que j’aimerais plus que tout avoir la possibilité de diriger une classe d’étudiants du premier cycle et de toucher un salaire pour le faire (je donne déjà bénévolement des cours de préparation à l’examen de citoyenneté canadienne et j’aide dans une classe d’anglais langue seconde), ma principale motivation pour me lancer sciemment dans une existence aussi précaire est mon échec à l’extérieur du campus. Par conséquent, même si je voulais quitter le milieu universitaire pour de bon – en déclarant fièrement et avec fracas, comme un un finissant des études supérieures à N.-Y., que je ne postulerai plus jamais un autre poste universitaire, je doute que je serais à l’aise de le faire tant que je n’aurai pas trouver quelqu’un qui me paiera pour faire autre chose.

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