Catégories
Autre membres du personnel COQES

Victoria Barclay et Ken Chatoor – Les étudiants de première génération sont vulnérables à l’absence de liens entre étudiants dans un environnement d’apprentissage à distance

Il a beaucoup été question de la façon dont le passage soudain à l’apprentissage en ligne – une contrainte découlant de la pandémie de COVID-19 – a grandement nui à la prestation des cours postsecondaires et à la réalisation des examens, mais on a peu discuté de l’incidence de ce changement sur les moyens informels, mais importants, par lesquels les étudiants échangent des connaissances. Les liens entre étudiants permettent aux nouveaux étudiants de niveau postsecondaire d’acquérir des connaissances sur la culture du campus au moyen de conversations informelles ou formelles. Les discussions entre étudiants en classe ou les conversations avec des amis constituent des exemples de liens informels entre étudiants. Les liens formels entre étudiants peuvent être facilités par les programmes de transition offerts dans les établissements postsecondaires. Ces liens donnent accès à des connaissances d’initié ou à des conseils que les étudiants de première génération, en particulier, ne pourraient pas obtenir autrement.

Pour tous les étudiants, mais surtout pour les étudiants de première génération, l’adaptation aux études postsecondaires consiste à apprendre les règles tacites dans un contexte éducatif formel que les initiés considèrent comme étant naturel et universel. Ces connaissances sont appelées « curriculum caché » (en anglais seulement). Elles se fondent souvent sur des normes associées aux personnes blanches de classe moyenne (en anglais seulement), et de nombreux étudiants de première génération ne les possèdent pas. Il peut s’agir, par exemple, des avantages dont on peut profiter si l’on acquiert du capital social en établissant de solides relations avec les enseignants ou du fait d’être à l’aise de poser des questions lorsqu’on ne comprend pas. Les liens entre étudiants permettent à ceux qui sont nouveaux dans le monde de l’enseignement supérieur de découvrir son fonctionnement. En discutant et en tissant des liens les uns avec les autres, les étudiants se renseignent sur les services et le soutien disponibles, sur les possibilités de stages et de réseautage, et sur la marche à suivre pour faire des choses comme rencontrer les enseignants pendant les heures de bureau ou obtenir de l’aide financière. Bien que les établissements offrent des ressources et des services pour aider les étudiants à s’adapter à la vie postsecondaire, les liens entre étudiants constituent souvent le mode prédominant d’échange d’information. En l’absence de semaines d’orientation et de salons des activités parascolaires sur les campus, de groupes d’étude à la bibliothèque, ou d’une possibilité de frapper à la porte du bureau d’un enseignant, il y a fort à parier que bon nombre d’étudiants ne sont pas en mesure d’établir de liens interpersonnels et de profiter d’un important bagage de connaissances.

De nombreuses universités ont mis en place des programmes pour appuyer les étudiants de première génération et faciliter les liens entre les étudiants pendant leur transition vers les études postsecondaires. L’Université Georgetown, à Washington, D.C., a lancé en 2018 un programme intitulé Mastering the Hidden Curriculum. Ce cours de 10 semaines transmet aux étudiants de première génération et aux étudiants à faible revenu les compétences et les connaissances culturelles nécessaires pour réussir à l’université – des connaissances que possèdent souvent déjà les étudiants issus de familles où d’autres personnes ont fait des études postsecondaires. L’Université de Toronto (UdT) offre un programme intitulé First in the Family Mentorship Program visant à faciliter officiellement l’apprentissage par l’établissement de liens entre étudiants. Les étudiants issus de groupes historiquement sous-représentés, comme les étudiants de première génération, reçoivent une orientation individuelle et collective d’étudiants de niveaux supérieurs issus de milieux similaires sur des sujets comme les façons de surmonter les obstacles et de vivre une expérience universitaire stimulante. Le programme offre également un soutien quant à la vie scolaire, professionnelle et sociale ainsi qu’au mieux-être pour favoriser un sentiment d’appartenance et de communauté. Le programme de l’UdT est actuellement offert en ligne; les étudiants peuvent communiquer avec leurs mentors en ligne ou par téléphone.

Dans l’actuel contexte d’apprentissage à distance, les possibilités formelles et informelles de tisser des liens entre étudiants sont réduites. Quand on considère l’expérience vécue par les étudiants de première génération, cela soulève d’importantes questions sur lesquelles les établissements devraient se pencher. Malgré l’enseignement à distance, le taux de participation de ces étudiants aux programmes de transition est-il le même que lors des années précédentes? Les étudiants savent-ils que des programmes de transition sont offerts en ligne? Les étudiants, en particulier ceux qui en sont à leur première année, accèdent-ils aux services et aux programmes dont ils ont besoin? Le curriculum caché a-t-il changé dans le contexte actuel, où les études postsecondaires se font à distance? Si oui, comment les programmes de transition de première génération se sont-ils adaptés? Le virage vers l’enseignement à distance que la pandémie a imposé aux établissements d’enseignement a été difficile pour tout le monde, mais pourrait avoir une incidence particulièrement marquée sur la réussite et la rétention des élèves de première génération.

On ne peut présumer qu’une clientèle étudiante diversifiée est synonyme de diversité de la participation étudiante dans tous les secteurs d’un établissement. Sans accès à des connaissances d’initié sur la culture et les normes institutionnelles, les étudiants de première génération risquent de passer à côté d’une multitude d’occasions et d’expériences, ou d’en prendre connaissance trop tard. Lorsqu’ils ne sont pas sur le campus, les étudiants ne peuvent pas interagir en personne et ne sont pas exposés aux activités de sensibilisation hors ligne organisées par les établissements. Il est donc particulièrement pertinent pour les établissements de cibler la communication en ligne pour joindre les étudiants de première génération et les autres étudiants sous-représentés. Les établissements doivent également faire preuve d’innovation dans leurs efforts visant à encourager et créer des occasions de réseautage entre étudiants, dans l’espoir de faire connaître le curriculum caché et de ne pas laisser pour compte les étudiants de première génération.

Victoria Barclay est stagiaire en recherche et Ken Chatoor est chercheur principal au Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *