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Victoria Barclay et Ken Chatoor – Les professionnels qui accompagnent les PANDC aux études et luttent contre le racisme ont eux aussi besoin d’un appui

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Des preuves substantielles montrent que le racisme s’est aggravé au Canada ces dernières années. Outre l’augmentation inquiétante des cas de crimes haineux observée dans des villes telles que Toronto, Ottawa, Vancouver et Montréal, on constate aussi une escalade de la haine anti-asiatique qui touche démesurément les jeunes Canadiens d’origine asiatique. La mise au jour de fosses communes en Colombie-Britannique et en Saskatchewan et l’attaque terroriste contre des musulmans à London (Ontario), entre autres événements tragiques survenus récemment, ont pu porter profondément atteinte à la santé mentale et au bien-être des personnes de même que nuire à leur rendement au travail et dans leurs études. Il ressort également de la recherche que le racisme risque d’exacerber le stress chronique et les traumatismes mentaux et physiques vécus par des familles et des communautés sur plusieurs générations.

Le racisme se répand au Canada, notamment sur les campus des établissements d’enseignement postsecondaire où il accable tout particulièrement les personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC), et ce, tout au long de leurs études. Les professionnels qui accompagnent les élèves œuvrent dans les établissements d’enseignement en tant que conseillers scolaires, directeurs de programmes et professionnels de l’équité, de la diversité et de l’inclusion (EDI). Ils travaillent aussi dans les bureaux de la vie étudiante. Ces membres du personnel peuvent appuyer les PANDC qui doivent composer avec un milieu parfois tumultueux pendant leurs études postsecondaires. Les professionnels qui accompagnent les PANDC pendant leurs études et allègent le fardeau du racisme qui les accable subissent à leur tour du racisme sur les plans individuel, systémique et structurel. Eux aussi gagneraient à disposer de mesures de soutien et de ressources semblables à celles qu’ils apportent aux élèves.

Une membre du personnel d’un établissement d’enseignement postsecondaire de l’Ontario nous a décrit avec éloquence l’effet du travail de lutte contre le racisme sur les professionnels qui accompagnent les PANDC aux études : « Je suis une femme racisée qui œuvre dans ce milieu. L’intersectionnalité entre en ligne de compte. Les personnes à la fois attirées par ce type de travail et sous-représentées sont susceptibles de porter un fardeau supplémentaire qui découle du racisme pendant qu’elles tentent d’alléger le même fardeau pour les autres. » Ce commentaire met en relief le lourd fardeau mental et émotionnel avec lequel les membres du personnel qui accompagnent les PANDC aux études risquent de composer dans leurs tâches au quotidien.

Pendant que nous débattons ouvertement au Canada des moyens par lesquels lutter contre le racisme, il est de plus en plus urgent d’appuyer les professionnels qui accompagnent les PANDC aux études et œuvrent dans le même sens. Des élèves noirs ont constaté que d’autres élèves profèrent des insultes racistes au sein de groupes et de séances collectives de clavardage en ligne dans Facebook, et que des professeurs s’en servent dans les cours qu’ils donnent. Des élèves et enseignants noirs ont subi l’exclusion et des comportements toxiques dans certains contextes sur le campus. Les PANDC aux études qui choisissent de dénoncer le racisme sur le campus ont besoin de l’appui des membres du personnel alors qu’ils composent avec la lenteur des processus des établissements d’enseignement et demeurent exposés aux menaces, aux messages haineux et aux conséquences négatives sur leurs études et leurs perspectives de carrière. Pendant ce temps, les professionnels qui accompagnent les PANDC aux études doivent exécuter leurs tâches, gérer leurs affaires personnelles et peut-être se heurter eux-mêmes à des problèmes du même ordre. Ils ont besoin d’un appui.

Quelles mesures faut-il prendre à cet égard?

Les établissements d’enseignement doivent proposer des ressources bien définies et adopter des mesures concrètes qui appuient les PANDC aux études et les professionnels qui les accompagnent. Afin de lutter contre le racisme sur leurs campus, de nombreux établissements d’enseignement ontariens tels que l’Université de Waterloo, le Collège Fleming et le Collège Humber se sont dotés d’entités dynamiques, comme des comités de réflexion ou des groupes de travail. Pour donner suite aux travaux de son groupe de travail antiracisme, l’Université Western a récemment annoncé un investissement dans de nouvelles initiatives d’EDI, y compris la création d’un groupe consultatif d’EDI destiné au corps professoral de l’école de commerce Ivey et d’un bureau d’EDI à l’école de médecine et de dentisterie Schulich. Certains établissements d’enseignement proposent une formation; l’Université d’Ottawa, à titre d’exemple, exige de ses cadres supérieurs qu’ils suivent une formation sur les préjugés raciaux.

S’il faut, dans un premier temps, reconnaître les épreuves vécues par les professionnels qui accompagnent les PANDC et œuvrent dans un milieu difficile, il faut aussi envisager les nombreux moyens par lesquels les établissements d’enseignement postsecondaire peuvent alléger concrètement le fardeau des PANDC qui font partie de leur effectif.

  • Voir à ce que les professionnels qui accompagnent les PANDC aux études participent activement aux décisions entourant le financement et la création de programmes dans les établissements d’enseignement.
  • Proposer aux professionnels qui accompagnent les PANDC aux études des services de santé mentale facilement accessibles, adaptés à leur culture et qui répondent à leurs besoins particuliers.
  • Se positionner comme alliés des groupes de PANDC. Les dirigeants des établissements d’enseignement doivent aider et encourager leur personnel à acquérir les compétences et connaissances requises pour former une alliance fructueuse avec les PANDC. De cette façon, les PANDC qui font partie du personnel (ainsi que de la population étudiante et du corps professoral) n’auront plus à assumer des tâches éprouvantes sur le plan émotionnel et des responsabilités accrues pour conscientiser autrui.

Quant au COQES, il prend fait et cause pour le principe selon lequel les établissements d’enseignement doivent s’engager à recueillir des données de meilleure qualité sur l’ascendance raciale, et ce, de manière cohérente et normalisée partout en Ontario. À l’heure actuelle, les données relatives à l’ascendance raciale en éducation dont disposent les établissements d’enseignement postsecondaire en Ontario sont des plus médiocres. Pareille recommandation se rapporte non seulement aux données, mais aussi aux droits de la personne, comme l’a énoncé à maintes reprises la Commission ontarienne des droits de la personne. La collecte fructueuse de ces données apportera des éléments probants sur lesquels les groupes de PANDC et leurs alliés pourront s’appuyer pour en arriver à des solutions politiques rigoureuses dans les établissements d’enseignement.

L’ascendance raciale n’a rien d’un déguisement qu’on enlève à son gré avant de jouer le rôle de professionnel de l’accompagnement des élèves. Les professionnels qui accompagnent les PANDC aux études subissent le fardeau du racisme, tant celui qui les accable que celui qui pèse sur les élèves à qui ils viennent en aide. Les établissements d’enseignement postsecondaire doivent être en mesure de les aider à composer avec ce fardeau supplémentaire. Ils doivent s’engager pleinement à forger une alliance avec les PANDC, à appuyer le leadership chez ces dernières, et à investir dans des ressources et services de santé mentale et émotionnelle adaptés aux diverses cultures et accessibles aux professionnels qui accompagnent les PANDC aux études. Et le temps presse.

Victoria Barclay a été stagiaire en recherche au COQES en 2020-2021; elle étudie actuellement à la maîtrise en sociologie à l’Université de la Colombie-Britannique. Ken Chatoor est chercheur principal au COQES.

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